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Stratégie

Publié le : 24/02/2026

Mis à jour le : 27/02/2026

La communication de Bad Bunny est un cas d’école

Depuis le 8 février 2026, les réseaux s’enflamment, plus que jamais, pour le Portoricain Bad Bunny et sa prestation à la mi-temps du Super Bowl aux États-Unis. Pourquoi ? Parce que tout est communication chez l'artiste !

Bad Bunny a proposé un show de 14 minutes qui a rassemblé en direct 135 millions de téléspectateurs : un record. Et qui a été commenté des centaines de milliers de fois : un autre record, avec une lecture très politique : ce qu’il était.

Mais pour comprendre l’impact de ce message politique, il faut comprendre le grand sens de la communication de celui qui le porte !

Parce que tout est communication chez Bad Bunny : du personnage qu’il s’est créé, à son look, ou plutôt à ses looks, au contenu de ses chansons évidemment, mais aussi à l’ensemble de ses choix artistiques et à son maniement des symboles qu’il maîtrise à la perfection. Résultat : chacune de ses apparitions est un événement et fait l’objet d’une grande attention médiatique et parfois même politique.

Le 8 février 2026, Bad Bunny a prouvé qu’on peut construire un narratif puissant sans même avoir à prononcer un long discours.

Bad Bunny a joué avec des scènes de vie, des tableaux et des symboles comme autant de chapitres narratifs : des champs de canne à sucre à la vie urbaine ; de la famille à la communauté ; en passant par les racines culturelles et la fierté de l’identité et de l’appartenance à Puerto Rico, à l’Amérique latine, à l’Amérique tout entière. Une Amérique qui ne se résume pas aux seuls États-Unis, mordant ainsi dans la propagande électorale, sans jamais le nommer, de celui qui s’est fait élire avec le slogan : Make America Great Again, réduisant un continent à un seul pays, et invisibilisant des millions d’Américains du Nord et du Sud.

Bad Bunny a ainsi démontré qu’un storytelling, avec un visuel et une symbolique forts, vaut mieux qu’un long discours, surtout à l’occasion d’un show télé, sur un média global où l’attention est limitée.

Le choix intelligent de préférer le soft power narratif à la confrontation directe

Contrairement à un discours politique frontal, Bad Bunny a décidé d’intégrer ses thèmes politiques dans une mise en scène culturelle, en évoquant l’histoire coloniale de Puerto Rico, les infrastructures défaillantes, les communautés locales, sans directement polémiquer, en multipliant les images d’unité et d’amour, jamais de division ou d’affrontement.
Résultat : la puissance narrative ne vient pas de l’opposition frontale, mais d’une construction métaphorique qui transforme l’audience en acteur du récit.

Alors l’impact a-t-il été au rendez-vous ? Assurément OUI. Avec même une amplification narrative inespérée.
Les réactions post-show montrent que le storytelling a déclenché des conversations massives sur les réseaux, dans les médias et la sphère politique. Et cela, c’est bien plus qu’un coup de com.
Parce qu’une performance narrative ne se termine pas quand elle s’arrête : elle continue dans l’interprétation collective du public et dans le bruit médiatique durable qui l’accompagne.

Nous n’avons pas assisté, le 8 février 2026, qu’à une performance, mais aussi à une véritable leçon de communication qui, sans aucun doute, restera un cas d’école.

Le symbole de la Pava

La Pava est le chapeau traditionnel, fait de feuilles de palmier, que l’on voit dans les champs à Puerto Rico, porté par les jíbaros, cultivateurs de canne à sucre, café et autres cultures traditionnelles.

C’est un symbole fort de la vie paysanne portoricaine, devenu aujourd’hui un emblème culturel. Revisitée par des stylistes ou reproduite par des artistes, la Pava s’est imposée, par la médiatisation assurée par Bad Bunny, comme une marque de fierté identitaire. Plus puissante qu’un logo, elle porte à elle seule l’image de cette île des Caraïbes, et une partie de son histoire (storytelling). Magnifique illustration de l’usage, de l’impact, du pouvoir de la communication.

Question récurrente dans les médias : Est-ce une erreur de communication pour Bad Bunny de s’habiller en Zara ?

Certainement pas ! Bad Bunny, n’impose rien et ne revendique rien à ce niveau. Il est capable de se présenter aux Grammy Awards, en costume haute couture Schiapparelli, et quelques jours plus tard, au super-bowl, en Zara. Ici Bad Bunny n’affiche pas la marque, et ne dit pas qu’il serait vertueux de s’habiller en Zara. Il rappelle autre chose : que la mode n’est jamais neutre, et que les réactions qu’elle suscite parlent souvent davantage des positions sociales de celles et ceux qui jugent que les vêtements eux-mêmes.

La question de la durabilité et de la fast-fashion ne doit pas éluder une autre dimension du débat qui n’est pas éthique. Pour une partie de la population que représente Bad Bunny, Zara est une marque accessible sans être low-cost. Elle incarne une forme de réussite, un certain confort vestimentaire, et un marqueur d’ascension sociale. Une même marque a donc des significations radicalement différentes selon les contextes sociaux, économiques ou culturels. Bad Bunny le sait, et ne se trompe pas de cible dans sa communication. Tout en sachant, j’imagine, que cela peut offrir des champs de critiques… finalement bénéfiques au bruit médiatique…

Écrit par :

Frédéric Fougerat

Paroles de dircoms

Être directeur ou directrice de la communication est avant tout un métier de l’ombre. C’est peut-être la raison pour laquelle ces professionnels prennent peu la parole. Celle-ci est pourtant utile pour partager des convictions, des expériences, des expertises… voire indispensable, pour mieux expliquer à celles et ceux qui ne connaissent pas les missions et responsabilités de la communication, ou faire comprendre à d’autres qui en douteraient, que la com est un métier.