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Publié le : 29/09/2025
Mis à jour le : 26/02/2026
Changer le narratif de l’Afrique, c’est contribuer à changer son destin
Donnez à l’Afrique sa juste place sur les cartes du monde ! Mon appel aux communicants et journalistes africains.
L’Afrique n’a pas besoin qu’on la sauve. Elle a besoin qu’on la regarde enfin telle qu’elle est. Dynamique, créative, ambitieuse. Mais pour que cette réalité s’impose, il faut commencer par casser un narratif biaisé, entretenu depuis des siècles, qui a façonné l’image du continent dans les esprits occidentaux : une Afrique réduite, marginalisée, caricaturée.
Et si tout partait d’une carte ? Depuis le XVIᵉ siècle, le monde se dessine selon la projection dite Mercator. Une prouesse pour la navigation maritime de l’époque, mais un héritage qui, cinq siècles plus tard, continue d’empoisonner notre perception. Cette carte agrandit outrageusement l’Europe et l’Amérique du Nord, tandis qu’elle écrase littéralement l’Amérique du Sud et l’Afrique. Résultat : un continent immense apparaît minuscule. Un géant se retrouve presque relégué au rang de figurant.
Ce n’est pas anodin. Les cartes forgent notre vision du monde, elles hiérarchisent les puissances, et conditionnent les imaginaires. À force de voir une Afrique rapetissée, on a fini par intérioriser son insignifiance supposée. Voilà pourquoi il est urgent de « corriger les cartes ».
L’appel que j’ai lancé à Tunis aux communicants africains et à Lubumbashi aux journalistes du continent est simple : utilisez vos compétences et votre autorité professionnelle pour redonner à l’Afrique la place qu’elle mérite sur les cartes, et donc dans les esprits. Appuyez-vous sur la projection dite Equal Earth, aujourd’hui la plus juste représentation disponible, qui redonne à l’Afrique sa véritable dimension. Faites-en un combat d’image, un combat de perception, un combat d’avenir.
Car au-delà de la géographie, c’est tout un narratif qu’il faut réinventer. L’Afrique n’est pas le continent des clichés passéistes véhiculés depuis trop longtemps : famine, guerres, pauvreté. Sans chercher à effacer l’histoire et des réalités diverses, complexes, et parfois dramatiques, l’Afrique est aussi un continent d’entrepreneurs qui innovent, des chercheurs qui inventent, des créateurs qui inspirent, d’artistes qui font vibrer. Elle est le poumon d’une jeunesse qui travaille, qui entreprend, qui croit en demain.
Une étude* menée en 2023 auprès de 1 000 communicants africains l’a révélé : ce qui les unit, c’est l’engagement pour une marque commune. La marque Afrique. Aucun continent ne bénéficie d’une telle opportunité. C’est ce patriotisme d’image qu’il faut désormais transformer en action collective. Chaque article, campagne de communication, chaque prise de parole, publication sur les réseaux sociaux est une occasion à saisir pour corriger un cliché, casser un préjugé, et montrer une Afrique en mouvement.
À l’inverse, continuer à utiliser une carte qui minimise l’Afrique, c’est perpétuer une injustice symbolique majeure. Et les symboles comptent en communication. Avant même que cette question de modification des cartes, soutenue par l’intégralité des pays de l’Union africaine, n’arrive devant les Nations Unies, il appartient aux professionnels de la communication et aux médias d’en faire leur sujet. Un sujet central.
Changer le narratif de l’Afrique, comme beaucoup s’y emploient avec détermination, c’est contribuer à changer son destin. C’est donner au monde une vision réaliste, fière, ambitieuse du continent. Une vision qui ne nie pas ses défis, mais qui met enfin en lumière ses atouts, ses talents, et sa véritable grandeur.
C’est pourquoi, communicants et journalistes africains, et du monde, car aucun combat ne se gagne sans alliés, n’attendons pas l’autorisation d’une institution. Usons de notre influence pour redonner à l’Afrique sa place. Pas seulement sur le papier, mais dans l’imaginaire collectif mondial.
(*) Étude Tenkan Paris, publiée dans Stratégies n°2193 du 2 novembre 2023
Tribune initialement publiée dans Stratégies

