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Publié le : 08/06/2026
Être sur X n’est pas un acte politique, c’est un exercice de communication
Être présent sur X n’est pas un engagement politique. Pas davantage qu’en partir n’est un acte héroïque de résistance. Ceux qui voudraient vous le faire croire, des « politiseurs*» procureurs autoproclamés, se trompent, voire vous mentent.
Depuis des mois, certains veulent transformer un simple usage d’outil en marqueur idéologique. Être sur X deviendrait suspect. Y rester serait une faute morale. Et ceux qui n’obéissent pas à l’injonction seraient, paraît-il, du mauvais côté.
J’ai encore récemment été accusé d’avoir « perdu mon âme » parce que j’ose publier sur X. Rien que cela.
Cette accusation en dit moins sur moi que sur celles et ceux qui ont fait de la politisation permanente un mode de pensée. Ou plutôt un mode d’existence. Ces « politiseurs », toujours prêts à réécrire leurs convictions du moment pour justifier leurs indignations successives, confondent débat, posture et cohérence. Car enfin, parlons-en, de la cohérence.
Quand partir ne coûte rien. Quand cela relève davantage du symbole que du sacrifice.
Combien de ceux qui prétendent avoir quitté X n’ont, en réalité, fait que suspendre leur activité ? Combien ont sommé les autres de partir tout en conservant soigneusement leur compte, au cas où ? Au cas où la plateforme redeviendrait fréquentable. Au cas où il faudrait récupérer une audience construite pendant des années.
Car oui, abandonner une communauté est plus difficile qu’annoncer son départ avec emphase. Et l’hypocrisie est parfois plus grande encore : il est toujours plus facile de quitter un réseau quand on n’y avait ni audience, ni engagement, ni influence. Quand partir ne coûte rien. Quand cela relève davantage du symbole que du sacrifice.
D’ailleurs, beaucoup reviennent déjà. Discrètement. Lentement. Après avoir constaté qu’on ne reconstruit pas une communauté d’un claquement de doigts ailleurs. Après avoir découvert que la visibilité se mérite partout, et ne s’importe pas automatiquement.
Que l’on juge un réseau à travers les positions politiques de son actionnaire est un choix personnel parfaitement entendable. Mais vouloir transformer ce choix individuel en obligation morale collective est une dérive.
Je refuse pour ma part d’insulter les utilisateurs d’un réseau sous prétexte que son propriétaire du moment (pas son fondateur) pense différemment de moi. Sinon, où place-t-on la frontière ?
Faudrait-il également renoncer à lire des auteurs qui ne pensent pas comme nous ? Voyager uniquement dans des pays gouvernés par des dirigeants dont nous partageons les idées ? Ne consommer qu’auprès d’entreprises irréprochables au regard de nos convictions personnelles ? Qui vit réellement ainsi ?
La confrontation aux idées différentes n’est pas une menace. Elle est même une nécessité intellectuelle. Encore faut-il préférer réfléchir plutôt que juger.
- Oui, Twitter a changé en devenant X.
- Oui, la plateforme s’est appauvrie sur certains aspects, laissant souvent davantage de place aux affrontements politiques et aux polémiques qu’aux conversations utiles.
- Oui, les comptes à contenus professionnels, à commencer par le mien, voient leurs performances s’éroder.
- Oui, les publications sans abonnement payant souffrent souvent d’une sous-exposition évidente.
- Oui, la question du départ se pose parfois.
Mais pas pour des raisons politiques. Pour des raisons d’usage. D’efficacité. De pertinence.
Et malgré cela, une question demeure : qu’en est-il de la communauté que nous avons construite ? Avons-nous une responsabilité vis-à-vis de celles et ceux qui nous suivent parfois depuis des années ? Leur confiance ne mérite-t-elle pas un minimum de fidélité ? D’élégance ?
La vraie résistance, c’est celle qui fait face aux « politiseurs » procureurs autoproclamés
Faut-il abandonner parce que le climat change ? Parce que l’époque s’agite ? Parce qu’une minorité vocale distribue des brevets de morale numérique ?
Ajoutons à cela une erreur très française : croire que notre perception locale est universelle. Oublier que le rapport à X diffère selon les pays, les usages, les cultures numériques. Dans une partie de la francophonie, X reste un espace essentiel d’information, de débat, de veille et d’échange, notamment grâce aux Twitter Spaces.
Alors oui, certains peuvent me reprocher de toujours publier sur ce réseau, en réalité, selon la symbolique qu’ils en font, d’être présent sur X.
Je laisse à ces procureurs autoproclamés leurs certitudes fluctuantes et leur indignation sélective. J’observe surtout une chose : beaucoup de ces « politiseurs » qui condamnent aujourd’hui seront peut-être les premiers à revenir demain, ou à réactiver des comptes qu’ils n’avaient jamais réellement fermés.
Avec, bien sûr, un nouveau récit politique pour justifier leur revirement.
(*) Politiseurs : celles et ceux qui en politique, considèrent qu’ils faut tout politiser, surtout ce qui n’a aucune raison de l’être.
Crédit photo : Caroline Kramoh


