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StratégieÉditorialMarque

Publié le : 30/03/2026

Mis à jour le : 16/03/2026

Les handicapés dans une Com : victimes, héros, citoyens ? Interview croisée d’Edgar Fiorina et Yvon Mezzetta

En communication, et dans les métiers de la communication, il pèse sur le handicap comme un tabou, révélateur d’une société plus à l’aise avec les discours généreux qu’avec la simple acceptation de la réalité de sa diversité. Interview croisée Edgar Fiorina x Yvon Mezzetta (Partie 2).

Pour parler handicap et communication, sans tabou ni recherche d’un politiquement correct précautionneux, Frédéric Fougerat a demandé à deux communicants directement concernés de nous partager leur vision de la communication et du métier aujourd’hui. Leurs réponses sont authentiques et pragmatiques : celles d’un directeur créatif vidéo et chef d’entreprise, et celles d’un responsable de com, salarié et auto-entrepreneur, que nous pourrions nommer People of Determination, expression officiellement utilisée dans les Émirats arabes unis pour valoriser celles et ceux qui, comme nos collègues Edgar Fiorina et Yvon Mezzetta, doivent faire preuve de qualités, de courage, de résilience et de détermination pour réussir dans la vie, notamment professionnelle. Une terminologie positive qui montre que le vocabulaire façonne la perception sociale et rappelle que les mots ont un sens en communication, notre métier.

La personne handicapée est souvent présentée en communication soit comme une victime, soit comme un héros inspirant. Ne faut-il pas sortir de ces récits stéréotypés ?

Edgar Fiorina :

Absolument, c’est même certainement le plus gros souci autour de la communication sur une personne en situation de handicap. La victimisation rend impossible l’identification du grand public, car personne n’a envie d’être comme ça. Mais le super-héros n’est pas non plus utile à la cause, car une autre personne handicapée va se dire que c’est impossible de lui ressembler, car ce qu’il fait est trop exceptionnel. On est surtout très loin de la stricte vérité. Les handicapés vivent leur vie comme ils le peuvent. Et n’importe qui a des moments de faiblesse et des moments exceptionnels. C’est la grille de lecture qu’on impose qui déforme.

Yvon Mezzetta :

Les personnes que j’ai côtoyées dans ma vie m’ont toujours félicité pour mon parcours, ma motivation. Même étant atteint d’une maladie, je ne pense pas avoir réalisé des choses insurmontables. Parcours scolaire normal, carrière professionnelle linéaire, pas d’exploits incroyables, hormis le semi-marathon que je viens de finir, mais nous étions 50 000 à le faire, donc ma démarche n’était pas extraordinaire. Et pourtant, une personne en situation de handicap entraîne de l’empathie, et cela en général ces personnes détestent CETTE empathie, qui les diminue plus qu’elle ne les met en valeur. Alors gardons cette idée que chaque personne est unique : chaque personne mène sa propre existence comme elle peut, handicap ou non.

Quand il peut y avoir une peur de « mal faire » en intégrant le handicap dans une communication, quels sont vos conseils aux communicants ? Faut-il préférer une maladresse à ne rien faire ?

Yvon :

Le sujet du handicap peut être un sujet sensible, comme la religion ou d’autres croyances par exemple. Bien sûr qu’il faut communiquer sur ce sujet, et pour cela il faut réussir à faire adhérer votre cible au message que vous envoyez. Si les personnes en situation de handicap jouent le jeu à fond, et que cela se voit, la faute de goût peut passer inaperçue ou être plus facilement assimilée à un traitement égal à n’importe quel sujet que l’on peut critiquer si tel est le but.

Edgar :

Le meilleur conseil peut être simplement de s’entourer des personnes concernées ou formées. Je déteste qu’on essaye d’anticiper mes besoins ou mes possibilités liés à mon handicap, alors même qu’on ne m’a pas demandé si j’en étais capable. Même si c’est un peu brutal à dire, je pense qu’au-delà d’avoir peur de faire une maladresse, il faut surtout se rendre compte si on n’est pas compétent pour parler de ce sujet. Ainsi, on peut faire appel, et je pense que de nombreuses personnes sont, comme moi, prêtes à donner un petit coup de main.

À celles et ceux qui prétendent qu’il est plus compliqué de recruter un collaborateur ou un comédien handicapé : que leur répondez-vous, conseillez-vous ?

Edgar :

Est-ce que vous avez déjà essayé ? Est-ce que vous n’êtes pas en train d’anticiper une situation et d’être inquiet de ce que vous ne connaissez pas ? Mais je comprends tout de même qu’il peut y avoir peu de candidatures de personnes en situation de handicap pour certains postes. Sachant que les études diplômantes sont très peu rendues accessibles, il peut être dur de trouver un candidat qui soit au niveau de compétences attendues et porteur de handicap. Mais si on inverse la situation, et que votre candidat avait les compétences requises et porte un handicap, alors il faut simplement en discuter et, encore une fois, faire appel à quelqu’un pour être accompagné.

Yvon :

Pour ma part, c’est totalement faux et je dirais que les personnes en situation de handicap sont souvent davantage motivées qu’une personne qui ne l’est pas, mais cela ne tient qu’à moi. Oui, il s’agira peut-être pour l’employeur d’adapter un poste de travail, mais si l’on trouve une perle rare, le coût pour qu’elle travaille dans de bonnes conditions sera rendu au centuple.

Écrit par :

Edgar Fiorina et Yvon Mezzetta

Paroles de dircoms

Être directeur ou directrice de la communication est avant tout un métier de l’ombre. C’est peut-être la raison pour laquelle ces professionnels prennent peu la parole. Celle-ci est pourtant utile pour partager des convictions, des expériences, des expertises… voire indispensable, pour mieux expliquer à celles et ceux qui ne connaissent pas les missions et responsabilités de la communication, ou faire comprendre à d’autres qui en douteraient, que la com est un métier.